Chronique d’une classe inversée

 

styloAurélie Stauder, professeur de lettres au lycée Notre-Dame dans le 13ème arrondissement à Paris  et formatrice TICE dans l’académie d’Amiens, relate une expérience de classe inversée à laquelle elle s’est livrée avec ses élèves de première durant l’année scolaire qui vient de s’écouler.

Septembre 2014 :

Nouveau professeur de lettres au lycée Notre-Dame, j’apprends que le lycée favorise la réussite de chacun, s’appuyant sur la spécificité de chaque individu au sein du système scolaire. Cette approche pédagogique correspond au travail que je mène en classe, fondé sur la pédagogie différenciée alliée au numérique. Nous décidons donc d’expérimenter dans l’établissement une classe inversée en première pour faciliter la réussite des élèves au bac de français.

J’ai peu de temps pour boucler le programme. En classe inversée, les élèves consultent les activités d’enseignement sous forme de ressources numériques à la maison sur un espace de cours en ligne.  On demande souvent aux élèves d’effectuer une prise de notes sur le support afin de fixer par écrit les éléments essentiels et questions éventuelles, qui sont traitées en classe en début de cours avec le professeur. En classe, le professeur revient avec  les élèves sur la capsule vidéo consultée à la maison afin de vérifier leur compréhension. C’est également l’occasion pour les élèves de questionner l’enseignant quant aux problèmes de compréhension qu’ils auraient pu rencontrer à la maison sur l’activité d’enseignement. On met ensuite en place des activités d’apprentissage pour mettre en application ce qui a été vu à la maison sous forme de remédiation ou d’approfondissement. La classe inversée, sur un modèle pédagogique différencié, permet ainsi de dégager du temps en classe et de s’adresser aux élèves individuellement et non plus magistralement. On passe d’un modèle centré sur le professeur à un modèle centré sur l’élève : on cible véritablement les difficultés de chacun. Le professeur propose une réponse adaptée à chacun. L’activité d’apprentissage prend alors tout son sens car chaque l’élève avance à son rythme.

Reste à passer à la pratique ! Je présente lors des premiers cours aux élèves la démarche de classe inversée tout en m’attaquant au programme.  

Novembre 2014 : travailler avec des ressources numériques nécessite d’opter pour la pédagogie différenciée

Cela fait maintenant un peu plus deux mois que nous nous sommes mis au travail en classe inversée. Comment réagissent les élèves face  à cette nouvelle modalité, encore peu usitée dans le système scolaire? La plupart des élèves  s’y mettent et arrivent en classe avec une prise de notes à partir des vidéos et peuvent déjà entrevoir les problématiques des textes grâce à ces connaissances qu’ils vont réinvestir dans la lecture des textes. Mais il faut bien avouer que certains élèves, notamment ceux en difficulté, demeurent décontenancés face à cette nouvelle modalité pédagogique, parce que peu à l’aise avec le numérique ou plus généralement  désarçonnés face l’autonomie dans le travail.

Je réfléchis comment toucher ce public en difficulté.  Je propose à ces  élèves, qui n’ont pas effectué le travail à la maison de regarder les capsules vidéo en classe car il leur manque des connaissances pour étudier les textes. Je prends le temps d’en discuter avec eux pour voir ce qu’ils comprennent de la vidéo et comment ils peuvent l’utiliser en classe. Ces élèves, habituellement passifs en classe, le sont de moins en moins. Par ricochet, ils se mettent à regarder les capsules vidéos à la maison parce qu’on en a regardé ensemble en classe et qu’il ont compris l’intérêt pédagogique. Ca y est, enfin ils commencent à gagner de l’autonomie dans leur apprentissage !

 

Janvier 2015 : le travail collaboratif déclenche  la motivation chez les élèves, particulièrement ceux en difficulté.

Noël est passé,  le premier bac blanc aussi. Les élèves se rendent véritablement compte de la charge de travail nécessaire pour réussir l’examen. On multiplie donc des activités qui permettent de mutualiser le travail : les élèves produisent ensemble des ressources numériques pour préparer le bac. Ainsi ils deviennent contributeurs de la classe et valident leurs connaissances et compétences en aidant les autres. Cette interaction entre pairs valorise les élèves : le savoir est plus attractif parce qu’il est construit par les élèves eux-mêmes. On utilise leur Smartphone pour visionner les ressources produites et  on prévoit d’équiper l’année prochaine les élèves de tablettes avec l’équipe de l’établissement.

Février 2015 : la création d’une page Facebook favorise la communication  et stimule l’interaction entre pairs

La réunion parents-profs arrive. J’en profite pour montrer aux parents les supports de travail utilisés  pour qu’ils voient concrètement ce que l’on fait en classe avec leurs enfants et qu’ils puissent les aider à la maison.

Revers de la médaille ! On produit de plus en plus de ressources mais d’aucuns me disent qu’ils sont perdus et qu’ils ne savent pas toujours à quelle place sont stockées les ressources et à quel moment sont  publiées les ressources. L’arborescence de l’espace de cours s’est densifiée avec le temps et les élèves ne reçoivent pas de notification quand je publie une ressource.  Une élève propose une solution à laquelle je commençais à penser aussi  depuis un certain temps: une page Facebook !

Je crée donc pour les élèves une page Facebook qui s’intitule « Réussir son bac avec la classe inversée ». À chaque fois que je publie une ressource sur l’espace de cours en ligne, les élèves reçoivent une notification et le travail mutualisé est plus visible. La communication est vraiment plus aisée désormais !

Juin 2015 : la page Facebook prolonge la classe hors les murs et devient un forum de révision.

La fin de l’année s’approche très rapidement, grignotée par les ponts du mois de mai. Facebook permet toutefois de travailler ensemble  en distanciel sur un rythme asynchrone ou synchrone. Les échanges en classe débordent sur l’espace virtuel de cours.  Chacun sait ce qu’on publie et peut échanger sur le cours. Facebook nous sert également alors de forum de révisions ! Cela nous rassure tous : les élèves peuvent poser des questions de dernière minute et je peux de mon côté leur donner des points de cours supplémentaires et les motiver avant l’examen.

Juillet 2015 : Et l’année prochaine, qu’est-ce qu’on fait ?

Début juillet. Journée pédagogique de fin d’année. Nous préparons la rentrée prochaine avec les collègues de lettres. La modalité de la classe inversée favorise la motivation et l’autonomie des élèves dans le travail grâce à l’outil numérique mais modifie profondément le rapport qu’entretiennent les élèves à l’espace et au temps. Dans ce cadre, nous réfléchissons à travailler sur ce qu’on appelle une « Learning-room », à savoir un espace d’apprentissage qui remplacerait la salle de classe traditionnelle. Ce serait un espace ouvert dans lequel l’élève disposerait de tous les outils numériques et dans lequel disparaitrait le bureau du professeur au profit d’îlots de différentes tailles dans la classe. To be continued…

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