Le sans note ? Du chiffre au verbe : mettre en mots l’évaluation

imagesDepuis septembre 2016,  j’expérimente en équipe  en classe de seconde l’évaluation des élèves sans note. L’équipe de lettres travaille sur un projet   qui vise à faciliter le cheminement de l’élève dans son apprentissage. Sans note chiffrée mais avec une évaluation « en mots », l’élève construit son parcours à l’aide des compétences qu’il acquiert au fil de l’année.
Quel retour peut-on faire à mi-parcours de ce projet ? Quelles conséquences sur l’enseignement du français induit l’évaluation sans note ?

En compétences 

Nous avons donc réfléchi en amont de l’année scolaire sur ce que l’élève devait avoir acquis à la fin du cycle. Nous sommes partis de la notion de « compétence », ce que l’élève doit « savoir faire ».  Prendre les programmes, faire parler l’implicite des textes officiels et en extraire la « substantifique moelle », l’essentiel à savoir au lycée. Il s’agissait pour nous de formuler les compétences pour qu’elles soient comprises par les élèves et qu’ils puissent se les remémorer le plus facilement possible.

Voici les neuf compétences retenues dans le cycle seconde-première :

  • Lire un texte littéraire 
  • Analyser une œuvre 
  • Différencier les genres et les registres
  • Acquérir les repères littéraires
  • S’exprimer avec précision à l’écrit et à l’oral
  • Porter un regard critique sur une œuvre
  • Argumenter
  • Organiser son propos de manière cohérente
  • Reconnaître le style d’un écrivain 

Nous n’avons pas opté pour un découpage de la compétence en items car nous voulions que les objectifs de travail soient le plus lisible pour les élèves. En effet, le découpage en items nécessite l’usage d’une grille qui brouille, d’après notre expérience, le repérage de l’élève dans son parcours d’apprentissage.

 Sans note

Responsabiliser les élèves dans leur apprentissage, c’est leur faire acquérir la capacité de s’évaluer. Dans l’évaluation chiffrée, l’élève se situe surtout par rapport aux autres mais sans savoir sur quelles compétences il progresse. La note chiffrée focalise en fait l’attention de l’élève sur le chiffre obtenu et non sur ses progrès et ses difficultés. Comment favoriser la progressivité dans l’acquisition de ladite compétence ? Les degrés de maîtrise de compétence qu’on retient pour évaluer les élèves permettent de pallier l’absence de chiffres :

  • « débutant », de la sensibilisation à la notion
  • « intermédiaire », l’apprentissage initial
  • « confirmé », la qualification
  • « expert », l’expertise

Ces différents degrés permettent de se situer au cours de leur apprentissage.

Conséquences sur la pédagogie

Ce projet a soudé l’équipe et la fait vivre réellement. Ensemble, il a fallu identifier des compétences et mettre les mots sur des concepts pour une harmonisation des enjeux de la discipline.Cependant ce modèle de travail d’équipe est enrichissant car chaque collègue conserve son « style » pédagogique. Passer d’un système chiffré à un système en compétences ne limite absolument pas la liberté pédagogique de chacun.

Focus sur deux pratiques qui accompagne le « sans notes »

Le projet personnel : L’autonomie de l’élève dans l’apprentissage dans ce type de dispositif.

Afin que les élèves s’investissent dans leur parcours d’apprentissage, une grande partie de l’équipe a mis en place ce qu’on a appelé le « projet personnel » de l’élève. On lui propose à chaque fin de période scolaire de rendre un projet qu’il choisit en marge du travail sur la séquence en cours. L’élève sélectionne une ou plusieurs compétences à valider qu’il travaille en autonomie relative et qu’il présente dans un temps dédié aux projets personnels de la classe. En plus de servir le parcours d’apprentissage de l’élève, ce dispositif présente l’avantage précieux de mettre son travail individuel au service de la classe.

Entretiens individuels

Une autre partie de l’équipe pédagogique propose aux élèves des entretiens individuels pour faire le point sur leur parcours d’apprentissage dans le trimestre et pour les aider à gagner en autonomie. Le véritable problème réside dans le manque de temps alloué à cette pratique certes porteuse mais chronophage.

Des copies sans note : de la correction à l’évaluation 

Comment évalue-t-on une copie ?

Pour mesurer les progrès et acquis des élèves, on se livre à une appréciation manuscrite sur la copie selon les compétences ciblées. On utilise un degré de maîtrise des compétences dont on a parlé infra. Un carnet de suivi sur lequel l’élève reporte ses appréciations, ses progrès et ses objectifs de travail par compétence. Cela développe leur autonomie et leur permet d’évaluer leur positionnement dans leur apprentissage.

Qu’en pensent les élèves ?

Ce dispositif a été mis en place en septembre. Certains élèves, le plus souvent en difficulté, ont abordé le projet avec une certaine défiance car la note demeurait leur seul point de repère dans leur apprentissage. Il a fallu avec eux faire un travail de déconstruction de leur représentation à ce sujet. En revanche, à la grande surprise du corps enseignant, les parents ont accueilli le projet avec une certaine bienveillance.

À la fin du deuxième trimestre, les élèves ne considèrent plus l’évaluation de la même manière et ont intégré la notion de progrès grâce au degré d’appropriation de ladite compétence. Les élèves se rendent compte de leurs difficultés du fait de la mise en mots de l’évaluation. Les élèves arrivent par eux-mêmes à déterminer les degrés de maîtrise de la compétence.

Les séances correctives se déroulent de plus en plus souvent en question-réponse sur la manière de valider les compétences pour la prochaine évaluation. Ainsi les compétences « analyser une œuvre », « argumenter » ou « organiser son propos » deviennent pour eux familiers.  C’est là que réside la réussite dans leur apprentissage, dans leur réelle capacité à s’évaluer.

 Comment reporter sur un document les progrès des élèves ?

Une réflexion est à engager sur la co-construction du rendre compte de l’évaluation avec les élèves et les familles.  Il faut un objet qui permette de retracer les éléments d’évaluation.

Fiche de suivi ? Carnet ? Format numérique ou papier ? Nous avons choisi, cette année, faute de solution numérique satisfaisante en adéquation avec notre projet, un carnet d’apprentissage papier sur lequel l’élève consigne ses difficultés et progrès par compétence.

 

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